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A NE PAS RATER …. La délinquance des jeunes : les causes et les remèdes …. AVEC JILALI CHAFIK

 

  1. introduction

 

La responsabilité fondamentale des pouvoirs publics réside dans la lutte contre les différentes menaces pouvant porter atteinte aux citoyens, à leurs biens ou à l’activité économique. Cette responsabilité implique une analyse des risques et des menaces éventuelles, la définition d’une politique de prévention et de protection et une mise en place des moyens humains et matériel pour la mise en œuvre de programmes de recherche et de développement en solution de sécurité.

Dans ce cadre, la lutte contre la délinquance en particulier et la violence en général, notamment chez des jeunes de moins de 30 ans, fait partie des principales missions du maintien de la sécurité intérieure de l’Etat. Elle constitue une composante essentielle du développement humain dans son sens le plus large et revêt une importance capitale et une nécessité impérieuse pour consolider davantage le sentiment de sécurité intérieure chez les citoyens, protéger les jeunes contre la dérive vers la délinquance et le terrorisme et leur préparer un avenir prospère en leur permettant de prendre la place qui est la leur ; celle d’être un levier pour le développement économique et social du Maroc.

 

La présente contribution a été préparée sur la base du vécu quotidien et des informations et données, glanées par ci et par là et une approche méthodologique et scientifique. L’étude de la délinquance est certes, un phénomène de société difficile à cerner et à mesurer avec précision, car, il est lié à de nombreux facteurs législatifs et sociaux et est variable dans le temps et dans l’espace. D’autant plus qu’on ait jamais assuré d’avoir enregistré tous les délits, sachant que ceux qui en commettent cherchent toujours à les dissimuler.

 

Selon les données présentées par le Ministre de l’Intérieur, en 2012 le nombre de faits de délinquance recensés au Maroc, est d’environ 600.000, ce qui représente en moyenne 17 crimes pour 1.000 habitants, et peu de meurtre avec un taux d’homicide d’environ 0,4 cas pour 100.000 habitants. Le taux d’élucidation des enquêtes serait de 86%.En 2013[1], le nombre d’affaires enregistrées dans le cadre de la lutte contre le phénomène de la délinquance urbaine a atteint 477.759 avec un taux d’élucidation de 92,17%, enregistrant une baisse de la criminalité de 0,32% par rapport à l'année 2012. Cette baisse est due, à la présence sur le terrain des équipes de police, notamment des équipes de motards, à un redéploiement de policiers adapté à la situation sécuritaire, à la constitution d'équipes spécialisées disposant d'une base de données, ayant pour mission de compléter les enquêtes. Sur la base de ces données, on peut conclure que la politique sécuritaire est aujourd’hui relativement maitrisée et que la situation est sous contrôle. Toutefois la vigilance doit être de mise au regard de plusieurs facteurs : D’abord, les évènements d’instabilité que connait la région, ensuite la stabilité politique et sociale dont jouit notre pays, jalousée par d’autres Etats, enfin, les positions prises par le Maroc contre le terrorisme et le radicalisme religieux et surtout la perte de l’autorité et de la peur des agents de sécurité, ainsi que la tendance haussière des crimes violents, y compris contre les policiers et les gendarmes.

 

  1. Définition de la délinquance

 

Dans le dictionnaire français, la délinquance est définie comme étant « la conduite caractérisée par des délits répétés, considérée surtout sur son aspect social ». Elle désigne aussi une « conduite individuelle caractérisée par des infractions ou crimes répétés ». Elle est synonyme de la criminalité. Au plan juridique, la délinquance est définie comme des transgressions à la loi, commises par des individus. Mais cette définition n’est certainement pas satisfaisante, car, certaines infractions à la loi ne sont pas socialement comptabilisées comme telles. Cette tolérance concerne notamment les infractions qui sont considérées comme ne présentant pas de dangers pour l’ordre public ou pour la protection des biens personnels ou publics.  C’est le cas par exemple, de la vente de l’alcool aux musulmans, l’octroi de crédit avec intérêt, les fraudes fiscales, les infractions au code de la route, la prostitution, l’économie informelle…. Plus que ça, cette définition varie en fonction de la position hiérarchique de l’individu dans la société, conduisant à une « justice à deux vitesses », et induisant un sentiment très fort de frustration chez les citoyens de la classe défavorisée, ce qui consolide le sentiment d’insécurité intérieure. Car les êtres humains en général et les marocains en particulier, admettent la malédiction et la fatalité divine, mais rejettent catégoriquement la frustration (en arabe « Al Hogra ») et l’injustice commise à leur égard par un individu ou un groupe d’individus.

 

Mais la définition de la délinquance n’est pas non plus universelle et varie d’un pays à l’autre. Certains pays tolèrent par exemple le mariage homosexuel, la monopaternité, le port d’armes à feu ou la vente et la consommation de drogue, d’autres procèdent à des pratiques coutumières particulières comme l’excision. Cette situation rend difficile une concordance dans la définition commune de la délinquance en vue de comparer l’évolution de ce phénomène, ainsi qu’une homogénéisation des politiques de prévention et un développement de la coopération policière internationale.

 

La délinquance et la violence en général, sont l’œuvre d’individu ou groupe d’individus parmi les chômeurs qu’ils soient diplômés ou non, les jeunes endoctrinés au fondamentalisme religieux ou s’adonnant à des substances toxiques, issus de familles aisées ou de familles pauvres, les jeunes de couples divorcés ou tout simplement les gangs criminels ou les séparatistes, voire des mineurs qui procèdent au vandalisme et à des actes de violence lors de matchs de football. Elles opposent ces groupes aux autres jeunes, comme elles opposent les banlieues aux villes et surtout des cultures de la loi du plus fort au respect de la loi. Cette confrontation est certainement une source de danger pour l’ordre social. 

 

  1. Les causes de la délinquance :

 

Le panorama des causes éventuelles de la délinquance est multiple. La présente note en fournit les plus déclencheurs de ce fléau et qui se résument comme suit :

 

Les facteurs d’interaction sociale : Etant les formes les plus redoutées de la délinquance, notamment chez les jeunes. Ces facteurs sont liés à la fréquentation d’une personne ou d’un groupe de personnes délinquantes. En effet, les jeunes sont souvent révoltés contre la société. Ils constituent un terrain fertile qui, par insuffisance d’encadrement familial, scolaire ou policier, peuvent être entrainés vers des groupes de malfaiteurs à même de les endoctriner à l’islamisme radical et finir par devenir des bombes mobiles et intelligentes ou à les initier à l’asservissement à une substance (alcool, drogue…). Ils peuvent aussi s’adonner à une activité dont ils contractent l’habitude par un usage plus ou moins fréquent et qui en devient leur principal sujet de préoccupation envahissant peu à peu tout le champ de leurs activités et les rendant aptes à commettre tout acte de quelque nature que se soit, pourvu qu’ils subviennent à leur désir. Cette forme de désocialisation pousse les jeunes, soit entre les bras de gens malintentionnés pour les utiliser à des fins criminels, soit vers la constitution de groupes d’individus partageant la même indépendance et s’organisant pour commettre des actes de violence.

 

Mais ces jeunes sont souvent issus de familles pauvres et recrutés dans les quartiers périphériques des grandes villes ou dans les campagnes pour des raisons diverses. On y trouve les catégories de jeunes qui sont en âge d’étudier mais n’auraient pas les moyens financiers de poursuivre leurs études dans les villes pour y intégrer le collège, le lycée ou l’université ou tout simplement ont connu un échec scolaire, les faisant basculer dans la délinquance. Car, ils se trouvent dans une situation anachronique. Ils n’acceptent plus le travail manuel et peu valorisant et ne disposent pas de compétence suffisante pour accéder à des emplois répondant à leur ambition. Ils finissent par rejoindre les banlieues des villes, agrandissant les rangs des chômeurs.

 

D’autres deviennent délinquants à la suite de déchirements familiaux ou de dégradation du foyer parental. Les frustrations matérielles et affectives, le manque de surveillance parentale et la place du père au foyer comme référence, les engagent directement dans des actes délictueux. Les garçons se mettent d’abord à se droguer par des substances à leur portée avant de commettre des actes réprimés par la loi. Quant aux filles qui présentent une grande sensibilité à la séparation des parents, elles choisissent la voie du plus vieux métier du monde, la prostitution.

 

Néanmoins, la délinquance n’est pas une conséquence absolue de la pauvreté. Au contraire, les enfants issus d’un milieu favorisé s’adonnent aussi à la délinquance, parce que les tentations et les cibles sont plus nombreuses et plus vulnérables. L’esprit de liberté et la protection que leurs assurent leurs parent sen les faisant bénéficier de passe-droits, prennent le pas sur l’obéissance et les règles de vie sociale. Les notions de bien et de mal, d’acte légal et d’interdit n’ont pas la même perception chez eux et sont sujets à caution.

 

Les facteurs liés à la frustration, la discrimination sociale, l’exclusion et l’injustice: Le processus de démocratisation du pays qui consolide les droits de l’Homme et les libertés individuelles et le rôle que jouent la presse écrite, audiovisuelle et l’internet dans la promotion de la liberté d’expression, nous font vivre dans un monde transparent où tout acte de frustration, de discrimination sociale, d’injustice ou d’exclusion envers les citoyens est dénoncé et diffusé partout et se traduirait par une prise de position parfois radicale : immolation, radicalisme, violation….

 

L’illustration parfaite de ce cheminement des faits est donnée, dans le livre « L’immeuble Yacoubien » de son auteur Alaa AL-Aswany qui décrit entre autres, comment on forme un délinquant. Il s’agit d’un étudiant travailleur et méritant dont le père est un simple gardien d’immeuble. Cet étudiant voulait réaliser son rêve d’intégrer l’une des prestigieuses institutions d’Egypte, l’Académie de Police. Il réussit brillamment les examens écrits, mais il est refusé à l’oral dans une scène humiliante où on lui rappelle le métier peu valorisant de son père. Traumatisé par cette injustice, il évolue vers un intégrisme radical et se radicalise davantage quand il est arrêté par la police à la suite d’une manifestation à l’université du Caire et torturé et violé, puis emprisonné. A la sortie de prison, il est pris en main par une organisation islamique qui l’intègre dans un camp d’entrainement, dans le seul objectif est d’accomplir « le Jihad » contre le régime mécréant à ses yeux.

 

Au Maroc, des actes d’injustice et de frustration sont malheureusement rapportés au quotidien par la presse. Celle-cinous informe souvent que le fils de tel dignitaire a commis un acte de violence sur un agent de la circulation, ou un accident mortel, sans qu’il soit inquiété. Que tel haut responsable a acquis un somptueux appartement dans le quartier chic de Paris sans que cette propriété ne soit inscrite dans la déclaration de son patrimoine et avec un transfert de devise occulte. La presse nous rapporte également que la Cour des Comptes a révélé qu’un haut responsable a procédé à l’acquisition de produit médical onze fois plus cher que son prix normal, dont le montant global se chiffre par des dizaines de millions de dirhams, sans que la justice s’en mêle. On relève également qu’un tel responsable a été mis en prison pendant la période d’enquête sur des malfaçons et qu’il a été libéré sans même l’aboutissement de l’enquête. L’Etat a certes, le droit de protéger ses « dignitaires » et aurait dû étouffer ces affaires dans l’œuf, sans qu’elles soient mises au grand jour, autrement il fallait ouvrir une enquête judiciaire pour les tirer au clair, afin de préserver la crédibilité de la justice, confirmer son indépendance et son efficacité, montrer que les citoyens sont tous égaux devant la loi et démentir le principe d’une « justice à deux vitesses ».

 

De tels actes sont source de frustration, d’injustice et d’inquiétude et constituent un foyer de tension apte à prendre feu à la moindre étincelle. Dans ce cas, ce ne sont pas lesdits dignitaires dont la majorité ont assuré leurs arriérés ailleurs, qui joueront le pompier.

 

Les facteurs liés aux techniques de communication: Parmi ces facteurs figurent, en bonne place, la télévision et l’internet. La culture médiatique, les vidéos et l’internet constituent les premiers loisirs pour les jeunes et déchainent leur passion en les transformant en accroc dans certains cas et aggravent le phénomène de délinquance. Non seulement on y trouve des filmes de violence, mais on peut même accéder via l’internet, à des informations très dangereuses, tel le mode d’emploi pour la fabrication de cocktail Molotov voire de bombes artisanales capables de décimer plusieurs individus à la fois.

 

Les facteurs liés à l’insuffisance de l’encadrement : L’encadrement des jeunes commence d’abord dans le giron familial qui constitue le premier cadre éducatif. Les parents sont le principal acteur de la socialisation des enfants. Néanmoins, ceuxnotamment de la classe défavorisée,sont souvent dépassés face aux comportements de leurs enfants qui dans certains cas, connaissent plus de choses qu’eux, ce qui modifie, de fait, leur statut au sein de leur famille entransgressant l’autorité parentale. Ainsi, les parents assument de manière moinsévidente qu’autrefois leur rôle d’autorité. Cette situation est encore plus forte quand il y a un déchirement familial ou quand le père perd son emploi, ou tout simplement n’a pas les moyens financiers pour subvenir aux besoins de ses enfants.

 

Ensuite, l’encadrement se fait à l’école qui doit demeurer le creuset où se forge non seulement le futur citoyen mais où l’éducation civique doit être intégrée et consolidée dès le plus jeune âge de l’enfant. Il convient d’identifier aujourd’hui les dysfonctionnements qui obèrent cette ambition nationale et de recenser l’ensemble des dispositifs permettant de les combattre. Parmi ces dysfonctionnements, au delà de la dégradation de la qualité et de la faible employabilité des diplômés du système,il y a l’échec scolaire. Chaque année, il y a un nombre élevé de jeunes (plusieurs milliers) qui quittent les bancs de l’école sans diplôme, ni formation adéquate, conduisant à l’émergence d’une catégorie de jeunes sans repères, livrés à la rueet devenant des cibles privilégiées pour la délinquance et l’intégrisme religieux. D’autant plus que ce constat a alimenté une perception négative vis à vis de l’école et un sentiment d’inutilité de l’éducation chez les populations défavorisées.

 

L’encadrement doit se faire enfin, au niveau de la société, à travers la promotion d’une politique publique nationale qui mobilise l’ensemble des acteurs parmi les autorités locales, la société civile et les partis politiques. Or, à l’exception de quelques actions de bénévolat au profit d’enfants abandonnés et d’activités génératrices de revenus promues dans le cade de l’INDH, on remarque avec consternation, que cet aspect ne constitue nullement une préoccupation majeure dans les programmes électoraux des partis politiques.

 

  1. Les remèdes à la délinquance :

 

Avant de se lancer dans la présentation de solutions de prévention du phénomène de la délinquance, il serait utile de s’informer et d’identifier au préalable les zones à risque et les cerner et de connaitre avec méthodologie, les mobiles qu’ils soient économique, social, politique ou autres, qui sont source de déclenchement éventuel de la violence. Ce travail de terrain peut être mené au niveau local et coordonner au niveau central. Il doit concerner les jeunes de moins de 30 ans, la tranche d’âge la plus portée sur la délinquance; mais sans perdre de vue les groupes vulnérables qui pourraient assurer leur encadrement à des fins de criminalité.

 

Ensuite il faudrait définir une politique publique globale qui mobilise l’ensemble des acteurs de la société pour lutter contre les causes éventuelles de la délinquance par un encadrement efficace et efficient au niveau des parents, de l’école, de la mosquée et de la société en général.

 

Au niveau des parents : La famille doit rester un lieu d’exercice de l’autorité. Les jeunes ne cessent de transgresser la légitimité des règles héritées et celles de la vie sociale aux noms de liberté, de l’égalité et par une dénonciation des traditions. Il serait utile, dans ce cadre, de consolider la politique d’alphabétisation des familles, car, il est démontré aujourd’hui, l’existence d’une corrélation étroite entre le niveau d’alphabétisation d’une famille et sa capacité à entraîner ses enfants sur le chemin de la réussite ou de l’échecscolaire. L’effort consenti par l’Etat dans l’alphabétisation doit être renforcé aussi bien dans les mosquées, destinée en général au sexe féminin que dans les sociétés qui emploient la main d’œuvre non qualifiée. Ceci doit être relayé par des campagnes de communication et d’information à travers la presse écrite et audiovisuelle sur la déviance des jeunes et le rôle essentiel des parents dans la prévention de leurs progénitures contre la délinquance.

 

L’Etat devrait aussi avoir une politique nationale spécifique pour les jeunes qui connaissent un déchirement familial, en complément des dispositions pertinentes du code de la famille, et ce, par la promotion et l’aide à des associations caritatives dont le seul but est d’assurer l’encadrement de ces jeunes, de leur apporter le soutien scolaire nécessaire, de subvenir à leurs besoins et d’informer sur leur parcours de déviance, le cas échéant.

 

Au niveau de l’école : Les établissements scolaires ne sont malheureusement pas épargnés par la problématique de sécurité. Là aussi, il y a une corrélation entre décrochage scolaire et violence à l’école. Ces violences scolaires, commises soit sur des enseignants devenues de plus en plus fréquentes, soit sur des condisciples, sont génératrices d’absentéisme, d’échec scolaire, de dépression, voire de violences en réponse. Ainsi, les victimes de l’harcèlement à l’école, armés à l’origine pour se défendre, ils le furent ensuite pour se venger.

 

L’école doit jouer son rôle d’autrefois comme un creuset pour forger les bons citoyens et diffuser les valeurs de citoyenneté et de progrès, loin d’attitude antisociale et d’encouragement à l’échec. Elle constitue une source intarissable sur l’attitude des jeunes et devrait être exploitée comme telle par des associations de parents d’élèves. Celles-ci doivent être redynamisées et restructurées pour jouer un rôle plus efficace dans l’accompagnement du personnel éducatif, à l’encadrement des jeunes contre la dérive. L’école et les associations de parents d’élèves ont le devoir d’aide et de participation à la gestion et à l’évaluation de l’éducation et doivent conjuguer leur synergie pour lutter contre l’absentéisme et le décrochage scolaire, accentuer la lutte contre les violences scolaires et introduire le travail social à l’école et l’intéressement au sport qui reste un levier économique important et un potentiel sans équivoque pour ceux qui le réussissent, en vue d’améliorer leur situation sociale. En parallèle, il faut mener une campagne de communication au sein des établissements scolaires dénonçant la violence et mettant en lumière ses effets négatifs, afin d’éviter la culpabilisation et le silence au sein de la population des jeunes.

 

Au niveau de la société, l’action la plus importante vise la présence policière sur le terrain. Celle-ciconsolide fortement le sentiment de sécurité intérieure et a un pouvoir dissuasif considérable sur toutes les formes de délinquance, et particulièrement sur les formes de violences commises en groupe. Cette présence policière agit positivement aussi sur le taux d’élucidation des enquêtes liées à ce phénomène. C’est pourquoi, il devient nécessaire de disposer d’une police formée, motivée et encadrée, d’augmenter le nombre d’agents policiers mais aussi d’ingénieurs et de techniciens de la police scientifique et mettre en place une capacité permanente de veille, d’alerte et de synthèse de l’information. Aujourd’hui le Maroc dispose d’environ 60.000 policiers pour une population de 35 Millions d’habitants, ce qui représente un taux relativement bas par rapport à des pays comme l’Algérie (109.000 pour 33 Millions d’habitants) ou la Tunisie (111.000 pour 11 Millions d’habitants) ou par rapport à des pays développés, comme la France (143.200).

 

Le recours à la vidéosurveillance dans les villes a donné de bons résultats dans les cités européennes. L’expérience lancée dans ce cadre par la ville de Fès, scrutée par quelques 288 caméras, a été bénéfique. Compte tenu de son apport important dans la dissuasion contre la violence et dans l’élucidation des enquêtes, il est utile de généraliser ces dispositifs, notamment dans les quartiers qui constituent un foyer pour les délinquants. Toutefois, il faut veiller à responsabiliser la population avoisinante contre le vandalisme envers les caméras de surveillance.

 

Le rôle des partis politiques dans l’encadrement des jeunes pour les intéresser à la politique et à la gestion de la chose publique. Le constant est alarmant, à en juger par le taux d’abstention aux élections de 2007, 2011 et 2015, et qui avait touché plus particulièrement les jeunes en raison de la faiblesse caractérisée de leur encadrement par les partis politiques. Ceux-ci ont le devoir d’assurer en leur sein la culture de la démocratie, la transparence, le sérieux dans l’organisation et la gestion, de bannir l’utilisation de l’argent dans l’achat des voies et de choisir les élus potentiels sur la base de critères transparents, loin des relations familiales, de clientélisme et de favoritisme.  Ensuite, l’Etat devrait trouver un mécanisme efficace pour l’encadrement des jeunes par les partis politiques en ciblant les zones les plus vulnérables, soit du point de vue social soit du point de vue idéologique ou religieux. Les partis devraient intervenir de concert avec le pouvoir public pour encadrer les jeunes dans ces zones en les éduquant à la citoyenneté, au civisme et en les impliquant fortement dans la gestion de la chose publique.

 

Le rôle de la société civile dans l’encadrement des jeunes a son utilité. L’Etat doit promouvoir davantage les associations notamment dans les zones vulnérables, à l’instar de l’INDH. Ces associations doivent prendre le relais des établissements scolaires, par l’organisation et la gestion de foyers pour jeunes en développant des activités récréatives et sportives ; mais aussi en dispensant des cours de soutien et en promouvant des cybers café.

 

Enfin, l’aspect économique revêt une importance capitale. Matérialisé par le chômage des jeunes qu’ils soient diplômé ou pas, il développe chez cette catégorie de la population un sentiment d’exclusion de la société. L’Etat doit réfléchir à un processus d’intégration de ces jeunes en les regroupant en associations et en leur affectant par exemple, des parcelles de terrain collectif ou domanial sur la base d’un contrat programme, pour ceux qui s’intéressent à l’agriculture ou à l’élevage. Il doit promouvoir l’enseignement préscolaire dans les zones périphériques, en accordant aux diplômés chômeurs des facilités financières, en coopération avec les collectivités locales, compte tenu de l’impact de cette action à la fois sur les diplômés eux-mêmes, et sur les apprentis. Car il s’avère à travers des études que le préscolaire garantit aux jeunes apprentis le maximum d’égalité des chances de réussite dans leur vie scolaire et par la suite dans leur vie professionnelle. Un programme scolaire spécifique destiné à l’enseignement préscolaire doit être élaboré par le département de l’Education qui doit veiller à son suivi permanent et à son évaluation régulière.

 

La politique publique en matière de lutte contre la délinquance des jeunes, doit impliquer également la justice à travers le développement de mécanismes alternatifs de sanctions, de redressement et de réadaptation, plutôt que des peines privatives de liberté. Car, il est démontré que la mise en détention des jeunes est la pire des peines, celles qui en font, des futurs criminels. Le traitement des jeunes délinquants devrait avoir le caractère d’une action éducative faisant appel aux méthodes pédagogiques générales, en complétant leur formation scolaire et professionnelle et en leur apprenant les valeurs du travail et la bonne utilisation des loisirs.

 

L’Etat doit mobiliser les moyens financiers pour mettre en œuvre sa politique. Ces moyens peuvent être recherchés auprès des 19 banques qui opèrent au Maroc et gèrent 17 millions de comptes. L’Etat doit mettre en place, en coordination avec le groupement professionnel des banques marocaines (GPBM), des mécanismes juridiques pour soustraire l’équivalent d’un demi-point sur les crédits immobiliers et de consommation. Le montant total de ces crédits distribués par les banques en 2011, s’élève à 677 milliards de dirhams, octroyés avec un taux d’intérêt minimum de 6%. Ce taux est considéré comme très élevé par rapport aux banques espagnoles, par exemple, qui affichent des taux de 2,5%ou leurs consœurs françaises qui affichent des taux de 2,83%.Ceci justifie amplement cette approche et un demi point du taux d’intérêt sur le montant total des crédits en 2011, représente 3,4 milliards de dirhams. Il devrait être versé par les banques dans un compte spécial destiné à la lutte contre la délinquance en vue de financer la politique de l’Etat en la matière. Cette action permettra aux institutions financières d’accompagner l’Etat dans le développement social et de jouer le rôle de la banque citoyenne.

 

Jillali Chafik  Expert indépendant

 Le prochain dossier portera sur : L’accord agricole et de pêche Maroc-UE et l’imbroglio de la Cour de Justice de l’UE

 

 

 


[1]Bilan présenté lors du colloque axé sur l’évolution de la criminalité au Maroc et les mécanismes de protection et de la sécurité sociétale. Casablanca, juin 2014

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